Le programme P.E.A.C.E arrive à Montréal

Le programme P.E.A.C.E arrive à Montréal

En moins de 2 ans, plus de 3800 enfants et jeunes pratiquent la méditation laïque durant la vie de classe en France, 290 instructeurs et enseignants ont été formés au seul programme P.E.A.C.E.
En mai 2017, la formation P.E.A.C.E débarque à Montréal.

Nous prévoyons une première formation en août 2017 et la création d’une antenne. Si vous êtes canadien francophone et vous sentez concerné par les apports de la méditation de pleine présence dans les écoles et auprès des enfants et des jeunes, si vous pensez que les enseignants devraient tous avoir accès à de telles formations et outils fin d’en bénéficier dans leur pratique et auprès de leurs élèves, rejoignez le mouvement et faites nous part de vos envies!

Pour découvrir, Solange Eon, l’un des piliers de l’association et du programme P.E.A.C.E, mènera une soirée découverte le 29 mai 2017 à Montréal: https://www.facebook.com/events/115716482344560

Un grand merci à l’anti-café de nous accueillir et à Nady Marro pour sa coordination et sa participation au lancement de notre chaine YouTube!  https://youtu.be/Bg5RMhIc8m4

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Méditation de fin et début d’année

Méditation de fin et début d’année

Le dernier jour de l’année peut être vécu comme un rappel du caractère cyclique de la vie. Nous abordons tous les transitions et changements de manière différente. Certains d’entre nous sont soulagés que 2016 se termine et portent leurs espoirs dans la nouvelle année qui vient, tandis que pour d’autres ce changement d’année ne signifie rien de majeur, simplement une occasion de faire la fête, de faire un break avant que le cours de la vie ordinaire ne reprenne.

Pourtant, nous partageons tous cette tentation ou superstition de fin d’année qui est de dresser une liste résolutions pour l’année prochaine. Ce que je ferai, ce que je ne ferai plus, etc.La plupart du temps, nous savons que nous ne tiendrons aucune de ces résolutions et oublions rapidement les avoir formulées. Alors pourquoi cette envie de renouveau, de promesse de lendemains qui tiendraient enfin leurs promesses ?

Nous sommes tous pris dans un tourbillon de sollicitations, d’obligations, d’engagements, de choses à prouver, d’étapes à franchir et il devient de plus en plus difficile de prendre du recul, de faire le nettoyage, de classer les dossiers professionnels et personnels, bref de faire de l’espace dans notre esprit, dans notre cœur et dans nos émotions afin de laisser monter un autre regard sur ce que nous sommes, nos envies, nos besoins, le cours à donner à notre quotidien. Nous en sommes donc réduits à ces quelques jours de l’année où nous sommes censés clôturer, finaliser, faire le point.

Pourtant, c’est au cœur de notre vie de tous les jours que devrait s’opérer ce tri, cet espace, ce Shabbat. C’est l’un des sens du dimanche pour les Chrétiens, ce 7ème jour où l’on ne fait rien, où l’on se met au repos, en transition, en pause, pour mieux sentir, mieux aimer, mieux voir, être au lieu de faire. De nos jours, nous ne respectons plus ces temps. Même nos enfants ne se reposent pas le week-end, leur agenda rempli de choses à faire, devoirs, amis à voir, art à pratiquer, compétitions ou autre.

Nous nous épuisons et nous épuisons nos familles avec cette croyance qu’être équivaut à faire, à avoir un emploi du temps rempli, des centaines de mails par semaine, des messages constants, un réseau facebook, what’s app, instagram, twitter, etc. Il faudrait être présent partout, tout le temps. Nous esquivons le silence, la pause, le retrait comme nous tentons d’esquiver l’absence, le vide, la non-identité, la solitude, tout ce qui, de près ou de loin, nous ramène à l’omniprésence de la mort, d’une fin à ce monde tel que nous le connaissons.

Dans toutes les traditions et méditations, le silence est célébré, recherché, comme une mise face à soi essentielle, comme une condition libératrice indissociable de la connaissance de soi. Des temps de retraite en découlent, temps où nous ne tentons pas de nous échapper du quotidien, bien que ce puisse être une motivation initiale, mais au contraire où nous nous mettons face à nous-mêmes, où nous nous octroyons ce temps de rencontre avec notre âme, notre conscience, ce afin de mieux revenir à notre vie, de reprendre son cours en ayant plus de cartes en main pour piloter, plus de conscience des enjeux auxquels nous sommes confrontés.

La retraite nous invite à nous extraire afin d’observer, de respirer, de faire un bilan intérieur avec la vie elle-même et laisser émerger les priorités que nous ne parvenons plus à entendre lorsque nous sommes ‘pris’ par notre quotidien.

De même, la solitude n’est pas synonyme d’isolement. La solitude est un moyen de retour à soi grâce auquel nous donnons la priorité à la relation avec soi.

Nous savons tous que pour bien être avec autrui, pour bien aimer, il est essentiel de s’aimer soi d’abord, a minima d’être en relation avec Soi. Or, tant de nos relations se construisent sans ce prérequis et deviennent alors une distraction, un moyen d’échapper au malaise personnel, de colmater des brèches, de chercher l’amour et l’acceptation qui nous manquent dans le regard de l’autre, dans l’approbation de l’autre. S’il est vrai que l’autre peut être un merveilleux vecteur de réparation, de retour à soi, d’amour ou d’amitié partagé, aucune relation ne peut s’épanouir ou nous conduire sur le chemin de l’entièreté et de l’intégrité si la relation primordiale de soi à soi, de soi à la vie, de soi au sens n’est pas solidement établie.

Ce dernier jour de l’année peut être vécu comme un rappel à l’essentiel. Peut-être ne devrions-nous pas faire une liste de résolutions mais plutôt faire un bilan de nos tendances personnelles, de nos relations, de notre relation à nous-même, de nos ressources actuelles ou à mettre en place afin d’être capables d’envisager chaque jour comme un jour nouveau, chaque matin comme une promesse, chaque nuit comme un bilan, un repos, une pause et de ne pas se laisser inconsciemment reprendre par le tourbillon que nous appelons nos vies.

Voici une petite méditation de fin d’année à faire seul ou à plusieurs, le 31 de chaque année ou plus régulièrement afin peut-être d’éviter d’accumuler les dossiers et de repartir dans le cours des jours sans voir où nous allons, sans piloter notre vie, en espérant que les courants ou les astres de 2017 nous seront favorables alors qu’au fond, nous pouvons décider de les naviguer à notre façon.

Il vous est proposé de la conclure en écrivant vos P.P.P.P (Plus Petit Pas Possible ©Psychologie Positive)

Que cette fin d’année vous soit agréable et paisible, qu’elle soit une fête ou une retraite, à plusieurs ou en relation de soi à soi.

Présence, Protection, Potentiel, Paix,

Candice Marro pour l’A.M.E

 

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Groupe d’âge : pour tous

Intention de la séance : identifier ce qui nous motive, ce qui nous ralentit, notre besoin prioritaire et établir nos Plus Petits Pas Possibles.

A quel moment : transitions, fin et début d’année, de cycle, de journée…

 

Prenez une feuille de papier ou un carnet et un stylo.

« Je m’installe dans une posture assise confortable, le dos droit, les pieds posés au sol ou en tailleur. Je prends conscience de mes points d’appui avec les différentes surfaces de contact : mes pieds avec le sol, mes pointes d’ischion avec la chaise ou le coussin, mes mains posées sur les cuisses. Bien posé sur mes pointes d’ischion, mon dos peut s’ériger, droit mais souple, jusqu’au cou et au sommet de ma tête.

J’essaie de ressentir ma posture de l’intérieur : est-ce que je me sens droit ou rigide, est-ce que la colonne se déroule vers le haut naturellement ou ai-je contracté les muscles pour tenir le dos ? Est-ce que ma nuque est raide, penchée vers l’avant… est-ce que ma tête se tient droite, dans le prolongement de la colonne vertébrale ou est-elle légèrement entrainée vers l’avant, vers l’arrière ?

J’observe, je ressens, sans rien modifier. Peut-être est-il possible de remarquer si le fait de prendre conscience de ma posture entraine automatiquement un réajustement du corps.

Je respire consciemment 3 fois : inspire par le nez, tout le corps inspire, expire par la bouche, tout le corps expire. Je répète 2 fois en observant dans quelle partie du corps ça respire le mieux : le thorax, le diaphragme, le ventre, partout en même temps ?

Si une restriction respiratoire apparaît, après la troisième fois, je laisse venir des bâillements, des soupirs…

A présent, je vais me connecter à mes émotions dans cette période de transition. Je m’assois confortablement, comme si j’étais au cinéma, dans le siège du spectateur, face à l’écran, dans l’attente du film. Physiquement, je place mon attention le long de mon axe vertical : ce peut être au centre de ma colonne, au milieu de mon diaphragme, ou alors au centre du thorax, dans la région du cœur ou encore au centre de ma boite crânienne, en arrière du milieu du front. Je vais là où mon attention sent de se diriger spontanément, sans réfléchir.

L’écran s’allume, la première image qui apparaît est la représentation, la personne, la situation qui m’a procuré le plus d’émotions positives : du plaisir, du bien-être, de la confiance, de l’estime, du respect, de l’encouragement, de la joie, du bonheur, de la douceur, de l’amour. Je laisse se dérouler tous les moments associés à cette personne, cette situation qui ont laissé une empreinte positive et lumineuse dans ma vie cette année. Je ne réfléchis pas trop, ce qui apparaît peut être évident ou peut être une surprise, je constate, je ressens, je me remplis de ce souvenir, de cette séquence de film qui peut-être me fait sourire, me fait chaud dans le cœur, me donne envie que ça continue….

Je prends quelques minutes (2 ou 3) en immersion. La scène s’efface doucement de l’écran mais les impressions demeurent.

J’ouvre doucement les yeux et note toutes mes impressions, le ou les noms associés à cette séquence, les émotions que cela suscite en moi, les envies…

Je referme les yeux, reprends ma position spectateur. A présent, une séquence plus troublée, plus lourde apparaît à l’écran, peut-être un chagrin, une tristesse, une situation non réglée, un problème non résolu, une lourde charge de travail, une incertitude face à l’avenir. Je laisse monter cette problématique mais pour autant je ne suis pas immergé dans l’écran, j’observe ce qui s’y déroule, les pensées qui accompagnent cette scène, si elles tournent en boucle dans ma tête, le ressenti dans mon corps. Est-ce que je suis contracté, tendu, ai-je une boule au ventre, dans mon diaphragme ou dans la gorge, ai-je chaud, froid ? Mon souffle m’accompagne, il est régulier, toujours là. La scène qui se déroule n’offre peut être aucune solution, je sais que je vais devoir régler ce problème, retourner dans ce lieu qui peut être celui de mon travail, mon école, etc. mais je ne suis pas engloutit par le problème. Peut-être n’ai-je pas encore toutes les clés mais je sais que je peux ne pas me laisser affecter de la même manière qu’avant.

Je prends encore un moment, je respire, puis la scène s’efface de l’écran.

J’ouvre les yeux, je refais le même exercice qu’après la première séquence.

A présent, je ferme les yeux encore une fois, je reprends ma position spectateur et là, c’est moi qui apparais sur l’écran. Je me vois, comme par un effet miroir. Le moi sur l’écran regarde lui aussi le spectateur.

Qu’est-ce qui émane de ce moi à l’écran ? Quelle est mon expression ? Ai-je l’air doux, douce, tranquille, serein, heureux, nostalgique, triste, incertain, indécis, troublé, volontaire, plein de vie et d’enthousiasme ou au contraire fatigué(e) et vulnérable ? Je respire tranquillement, profondément, mon double à l’écran me regarde et respire avec moi. De quoi ce moi à l’écran a-t’il besoin ? S’il (elle) parlait maintenant, que dirait-il(elle) ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour lui (elle) ? Est-ce qu’il (elle) est impatiente de danser, de faire la fête, de vivre, d’aimer, de se détendre, de conquérir le monde, de faire avancer sa carrière, de mieux s’entendre avec les autres, de réparer une injustice, de se faire pardonner une erreur, de surmonter un échec, de célébrer une victoire ? J’identifie tout ce que ce moi à l’écran me montre, me dit, verbalement mais aussi par son expression faciale, corporelle…

Je prends encore 2, 3 minutes et je laisse l’écran redevenir neutre.

J’ouvre les yeux, de nouveau j’écris mes impressions, le message reçu, mes émotions positives ou perturbatrices, le ou les besoins identifiés ou simplement les points d’interrogation !

A présent je peux étirer mes bras, mes jambes, relâcher ma posture.

Je me remets face à ma feuille et pour chacune des 3 séquences je vais écrire mon PPPP, cette action, expression ou autre que je peux initier, qui est réalisable à court terme, encourage une résolution ou une progression, procure un mieux être ou amènerait une détente et qui me permet de faire croitre mon capital confiance et conscience !

Je peux choisir de partager cette méditation et ses résultats avec autrui, chacun s’exprimant sans être interrompu par les autres. »

Plus

Petit

Pas

Possible

 

 

 

Neurosciences et apprentissages

Neurosciences et apprentissages

Pouvant parfois être perçu comme un terme « barbare », les neurosciences sont l’ensemble des disciplines qui étudient le système nerveux, et particulièrement le cerveau (siège des fonctions supérieures). On distingue 3 dimensions :

–          Cognitive (langage, attention, mémoire)
–          Affective (émotions, ressentis)
–          Motivationnelle (mouvements, comportements)

Les neurosciences permettent donc de mieux comprendre (et mieux gérer) notre façon de fonctionner face à une situation donnée, en analysant ce qui se produit au niveau de notre système nerveux, notre cerveau.
Les neurosciences (grâce aux techniques d’imagerie cérébrale) ont beaucoup évolué ces dernières années et ont brisé certaines de nos croyances en ce qui concerne le cerveau.

Grâce à la naissance ou la régression de certaines connexions de neurones, certaines zones du cerveau vont – ou non – s’épaissir au fil du temps. Par exemple, chez une personne ayant appris à jouer du piano et étant devenue professionnelle, le cortex cérébral (siège des fonctions nerveuses les plus élaborées telles que le langage, la conscience, la mémoire, ou la sensibilité) sera plus développé. Le cerveau est donc capable de changer, d’évoluer à tout âge, en fonction de notre environnement.
En effet, un environnement « positif » pour le cerveau est un environnement stimulant, dans lequel le cerveau est sollicité à apprendre de nouvelles notions et réaliser de nouvelles tâches.
C’est la plasticité cérébrale qui nous permet de nous adapter à ce que nous vivons et qui fait que la motivation, les goûts et les envies évoluent au fil des expériences.

Matthieu RicardA l’heure où l’Education Nationale cherche de nouvelles solutions et de nouveaux programmes pour améliorer l’apprentissage des élèves et l’enseignement des professeurs, il paraît essentiel de s’intéresser aux neurosciences.
C’est particulièrement le manque de connaissance de notre potentiel cérébral et du fonctionnement de nos mécanismes cérébraux qui semble faire obstacle au développement de nouveaux processus d’apprentissage. En comprenant comment nous pensons et comment nous apprenons, les neurosciences constituent un excellent moyen d’analyser ce qui nous aide et nous freine lors de ce processus, et ouvre  donc à de nouvelles techniques.

Parmi ces nouvelles techniques d’apprentissage, nous retrouvons désormais celles issues de l’école Montessori, de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), de l’interdisciplinarité etc qui ont été à l’essai dans de nombreux établissements ces dernières années. Ces méthodes sont basées sur une autre vision de l’apprentissage qui consiste à s’adapter à chaque élève à travers les intelligences multiples (théorie de H. Gardner, 1983) qui brisent le mythe de la mesure de « L’intelligence ».
Ces intelligences multiples sont composées des intelligences : verbo-linguistique, logico-mathématique, visuelle, kinesthésique, musico-rythmique, interpersonnelle (émotionnelle), intrapersonnelle, et naturaliste-écologique.
Connaître, comprendre, développer et partager les intelligences multiples c’est s’adapter et s’ouvrir au fonctionnement de chaque être humain non seulement face à l’apprentissage et la réussite, mais aussi et surtout face à la façon de vivre de chacun.
Allier neurosciences et apprentissage amène à parler de neuro-pédagogie, à la fois utile aux apprenants et aux enseignants.
Les formations en neurosciences destinées aux enseignants leur permettent de comprendre le fonctionnement du cerveau, sa complexité, sa plasticité et ainsi d’organiser des outils pédagogiques plus adaptés aux élèves afin de faciliter leur apprentissage. Elles sont également un excellent moyen de changer leur regard sur leurs élèves, le fonctionnement de ces derniers et leur gestion des émotions (stress, anxiété, perte de leurs moyens, estime de soi, plaisir d’apprendre…).
Les élèves, quand à eux, grâce à une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau et en observant le fait qu’il n’est pas « figé », qu’il change, peuvent aussi modifier leur propre vision de l’apprentissage.  Que de perspectives s’ouvrent lorsque l’on comprend que l’intelligence n’est pas fixe mais qu’elle se construit au fur et à mesure de l’existence! On ne naît pas « mauvais en sciences » ou en langues. Des facilités cognitives innées existent mais l’essentiel réside dans la bonne application des déclencheurs d’apprentissage et dans l’ouverture à des perspectives de progression continue, tout au long de la vie.

Montessori mais pas que
©Montessori Mais Pas Que

Puisqu’il existe autant de manières d’apprendre que d’élèves, la connaissance des neurosciences et leur utilisation dans l’enseignement modifieront très certainement l’école telle que nous la connaissons aujourd’hui et peuvent conduire à une éducation réellement différenciée et différenciante, qui offre à chaque élève et individu la possibilité de devenir co-responsable de son développement.

 


Ecole et Nature – Post rencontres Humanisme et Mindfulness

De retour des belles et inspirantes rencontres « Humanisme & Mindfulness » sur l’eco-site d’Avalon, nous somme heureux de partager avec vous les ‘Chroniques d’Avalon -Part 1’.

Ci-dessous un article de Roland Gérard, co-fondateur d’Ecole et Nature. A découvrir et suivre.

Education et pleine présence était le thème d’un colloque très riche de cette fin d’été. De nouvelles perspectives s’ouvrent sous nos yeux.

23 pages de notes sur la table. Deux jours que je suis rentré de cet îlot joyeux niché dans la montagne de Belledonne, l’éco-site d’Avalon en Savoie où, avec Edgar Morin, Patrick Viveret, Denis Rinpoché et beaucoup d’autres, la réflexion sur notre avenir commun à tous a fait un petit pas de plus. C’était le colloque international «  Humanisme et Mindfulness, une éducation pour le XXI siècle », il s’est déroulé les 11, 12 et 13 septembre 2015.

Une démarche profonde et laïque

L’espace où nous nous trouvons est magnifique et apaisant. Nous sommes plus de 300 de France, Belgique, Angleterre, Espagne, Pays Bas… Autour de nous, ce n’est que paysage montagnard et forêt. Il y a fort à parier qu’on y pratiquait déjà la contemplation avant la construction de la chartreuse de Saint Hugon en 1173. Ce qui est formidable, c’est qu’on y médite toujours. En 1979, des moines tibétains en exil y trouvent refuge et y réalisent un travail incroyable de reconstruction de l’ancienne abbaye qui en a vu pas mal depuis la révolution, la voilà aux couleurs du bouddhisme. Le site accueille aujourd’hui des sessions sur l’apprentissage de la pleine conscience et des évènements sur les thèmes de l’écologie et de la spiritualité comme celui de ce week-end. Comme l’a dit le maire d’Arvillard en clôture, l’institut Karma Ling participe à la vie économique du pays et tous s’en félicitent. Le conseiller départemental était là aussi et semble se retrouver tout à fait dans cette démarche à la fois profonde et laïque. Les élus sont fiers de cette belle réalisation, l’intégration est visiblement une pleine réussite.

Des éducateurs à l’environnement sont là

49 intervenants, dont beaucoup de chercheurs et d’universitaires. Les spécialistes des neuros sciences sont foule, mais il y a aussi des philosophes, des enseignants et même des cadres de l’Education nationale, une économiste, des médecins, des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes, des coachs, des agronomes, des paysagistes, des acteurs sociaux, des artistes… Il y a aussi quelques éducateurs à l’environnement. Pierre Baudoin de la FRAPNA et FNE est venu en voisin, Evelyne Reinhart, Jean-Paul Biessy, Christel Delamézière… sont là. Ce moment d’échange et de réflexion bénéficie du parrainage de Pierre Rabhi et d’Edgar Morin. Pierre Rabhi n’est pas là mais il a envoyé un message. Il nous invite à renoncer à la compétitivité dans l’éducation, il dit que le rapport à la nature est nécessaire, souligne l’enthousiasme d’apprendre et dénonce l’angoisse de l’échec. A ce propos, c’est assez dramatique, c’est un trait de caractère des petits français, ils préfèrent ne pas essayer plutôt que de prendre le risque d’échouer, on le reverra plus loin.

La reconnaissance au centre

Dans sa brève introduction, Denis Rinpoché nous dit que l’échec des idéologies ouvre une voie médiane à – l’humanisme – et qu’Edgar Morin est le symbole de l’humanisme d’occident. C’est une transformation de soi qui transforme le monde. Une éducation qui ne soit pas uniquement mentale, conceptuelle. « Nous espérons une éducation émotionnelle, sensitive et transformante ». Edgar Morin relève tout de suite, en entamant son propos, qu’une ambiguïté se cache dans le mot « humanisme ». Il y a celui qui fait de l’être humain un être isolé de la nature et supérieur à elle. Cet humanisme souverain du monde a des racines très fortes en occident. Dans la bible, l’homme est à l’image de Dieu. Descartes a donné à la science le projet de faire de l’homme le maitre et possesseur de la nature. « Cet humanisme-là, il faut le rejeter ». Je colle aux mots des intervenants avec le plus de précision possible, mais ne peux dans cette chronique donner qu’un aperçu des choses*. Edgar Morin continue. Il y a l’autre humanisme fondé sur la reconnaissance, le besoin de chaque être humain d’être reconnu. Les colonisés, les exploités, les femmes… ne peuvent pas toujours jouir de cette reconnaissance. « L’humanisme doit mettre cette reconnaissance au centre ».

Vivre poétiquement, c’est la grande finalité

Qu’est-ce que l’humain ? Dans aucune classe on ne l’enseigne. L’humain est fait de trois éléments : un individu, une part de la société humaine, une part de l’espèce humaine. « Nous sommes des producteurs et des produits de l’espèce humaine ». La raison de l’homo sapiens, la folie dans cette idée mégalomane : nous allons conquérir le monde. En lui (en l’Homme) il y a des possibilités inouïes ! Nous, esclaves de croyances, esclaves du prosaïque… « vivre poétiquement c’est la grande finalité ». Le mot – sujet- ça veut dire « moi je », je m’affirme et je me mets au centre de mon monde et du monde. Heureusement, il y a un autre aspect de nous, le besoin de nous. « L’épanouissement de l’être humain c’est l’épanouissement du je dans le nous ». Penser la complexité. Les contradictions sont présentes. « Nos systèmes d’éducation donnent des connaissances séparées qui nous livrent à une nouvelle ignorance ». Il faut relier les connaissances.

« Nous allons vers la catastrophe »

L’humanisme prend un sens planétaire. « Je reconnais en tout homme mon compatriote » disait Montaigne. Dire que le barbare est ailleurs nous permet d’ignorer notre propre barbarie. Sagesse du confucianisme. La bienveillance – care – le souci d’autrui. Sagesse du bouddhisme, compassion, impermanence, lutte contre l’illusion… Edgar Morin parle ensuite du lien entre transformation intérieure et transformation sociale. Il dénonce le « processus d’occidentalisation à marche forcée sous le mot développement », tout en reconnaissant ses vertus. Mais « le calcul a trop d’importance ». Sondage, PIB, taux de croissance… cela nous empêche de voir ce que sont les êtres humains. Règne du calcul, du profit, de l’anonyme. Les carences s’accroissent et transforment beaucoup de pauvreté en misère. Le monde occidental introduit de nouvelles tyrannies… l’argent. Cette course folle nous amène à la catastrophe, armes nucléaires, cyberguerre, drones… « Nous allons vers la catastrophe ».

Une nouvelle civilisation veut naître

Il importe de changer de voie et de changer de sens. Une nouvelle civilisation veut naître, elle apparaît dans des îlots de fraternité et d’amitié. Une convivialité qui veut vivre partout. Il faut créer un vaste mouvement qui soit infra-politique venant de la société civile et supra-politique en s’occupant des grands problèmes. Nous sommes appelés à changer de voie dans tous les sens. Aujourd’hui, être humaniste c’est sentir que chacun de nous est un instant fugitif, nous sommes des moments. Nous faisons partie de ce tout à l’aube d’une culture nouvelle.

A suivre

RG

Le programme Peace dans l’enseignement : les possibles bienfaits de l’apprentissage de la méditation, de la pleine conscience et de la pleine présence.

Le programme Peace dans l’enseignement : les possibles bienfaits de l’apprentissage de la méditation, de la pleine conscience et de la pleine présence.

L’expérience pilote ‘Peace’

Depuis novembre 2014, nous expérimentons dans plusieurs établissements un programme pilote de 10 semaines de méditation minimum, dans le respect de la laicité propre à l’éducation nationale en France.

Ce programme a été baptisé: Peace. Initialement: ‘Pratique de l’Ecoute et de l’Attention Consciente à l’Ecole’. Depuis, en tenant compte des feedbacks et réflexions menées avec nos partenaires et établissements, nous l’avons redéfinit. Peace est devenu pratique de la Présence, de l’Ecoute, de l’Attention et de la Concentration dans l’Enseignement’.

Ce programme s’adresse aussi bien à l’école (maternelle, primaire) qu’à l’enseignement supérieur. Nous avons pu commencer à observer les effets d’une telle pratique de 10 minutes en début de cours, au sein de la classe et en présence des enseignants qui participent, ce non seulement avec des enfants de maternelle et primaire mais aussi avec des collégiens et bientôt des lycéens. Certains de nos instructeurs qualifiés ou en voie de qualification – nous formons à présent au programme Peace afin de répondre aux demandes croissantes- forment et transmettent également ce genre d’approche au sein de l’enseignement supérieur, dans les milieux sportifs et dans les entreprises.

Le programme Peace réunit des pratiques complémentaires sous forme d’un programme évolutif de 10 semaines minimun. Nous nous inspirons aussi bien du programme de pleine conscience développé par Jon Kabat-Zinn que des outils issus du brain gym et de l’EFT. Chaque séquence comporte en outre des exercices de yoga ou de Chi Gong, pratiques millénaires réputées pour leurs nombreux bienfaits en matière d’ancrage, de coordination, de centration de l’attention grâce au mouvement, ainsi que de l’harmonisation entre le corps et les pensées.

Cette combinaison est le fruit d’un travail collaboratif entre des instructeurs passionnés et expérimentés dans leurs domaines particuliers. Cet effort de synthèse et d’enchainement harmonieux a donné lieu à une méthodologie unique, qui ne cesse de s’enrichir de nos rencontres et interventions au sein des établissements ou en formation.

Nous portons une attention particulière au vocabulaire employé et à l’adaptation des séquences par groupe d’âge et objectif: ainsi, les plus petits aiment les exercices ludiques et similaires qu’ils peuvent répéter avec leurs parents et famille. Dès les classes de cours moyen en primaire, nous constatons que les enfants s’intéressent particulièrement à tout ce qui leur permet de mieux comprendre et agir sur leurs émotions. Ceci continue jusque dans l’enseignement secondaire et au-delà dans la vie professionnelle. La compréhension des émotions, de leur impact à la fois sur le corps et le mental, la façon dont elles peuvent affecter nos capacités cognitives et relationnelles, tous ces thèmes et davantage sont abordés au sein du programme Peace et sont l’une des clés de voûte de toute amélioration du comportement scolaire.

Les adolescents rapportent aussi utiliser certains exercices pour s’endormir, avant des évaluations ou des compétitions. La grande majorité des classes participantes et des enseignants a pu ainsi noter un climat plus paisible et propice à l’enseignement ainsi qu’une amélioration de l’attention et de la concentration.

Le programme Peace suit une trame somme toute logique: apprivoiser le corps, le souffle, les émotions, les pensées, ce afin de favoriser, initialement, les capacités cognitives telles que l’attention, la concentration, la mémorisation et clarté d’expression.

Une bienveillante neutralité en réponse à la violence en milieu scolaire

Cependant, à terme, nous souhaitons observer les effets sur le vivre ensemble et la citoyenneté. A l’origine, ce programme est un programme ‘citoyen’. Il s’agit de favoriser l’exercice de la bienveillance attentive et consciente. La bienveillance se cultive, elle est rarement innée. Elle se choisit et est une arme puissante qui peut contrebalancer davantage que le stress des enseignants, des éducateurs et des étudiants! La bienveillance ou bienveillante neutralité est un outil de médiation puissant dans la résolution des conflits.

En milieu scolaire, nous parlons de plus en plus de violence et d’harassement. Ces phénomènes croissants ne se limitent pas aux zones dites à risque et défavorisées. Les causes en sont multi-factorielles: explosion de l’unité familiale, conflits culturels et religieux, prédominance des écrans, contenu médiatique illustrant la violence et les scénarios de survie, coût de la vie et stress financier des parents, etc. Toujours est-il que de plus en plus d’enfants reçoivent une certaine forme de violence environnementale et intime en héritage. Cette violence imprègne peu à peu leur système émotionnel et mental puis tôt ou tard influence leur psyché, leurs actes et jusqu’à leur ressenti corporel. Qui n’a jamais senti cette contraction, cette brûlure autour du diaphragme lorsque la colère se manifeste par exemple? Ou la fameuse peur au ventre, boule à la gorge, oppression respiratoire quand vous êtes interrogé … ?

Comment pouvons-nous modifier cet enchainement psycho-somatique si nous ne prenons pas en compte la chaine complète de somatisation et de manifestation? Lorsque la violence ou la peur, ou d’autres combinaisons explosives se sont imprégnées dans notre structure psychique, le cerveau crée un phénomène de dépendance assez semblable à celui qui se forme lorsqu’il y a prise de substances. Le phénomène peut être contenu, voir en apparence supprimé grâce un mécanisme inhibiteur mais le processus de somatisation est en route. Il suffira parfois d’un seul événement déclencheur (trigger en anglais) pour que la bombe à retardement explose.

Malheureusement, le milieu scolaire regorge de tels déclencheurs:  une suite de sarcasmes, l’exclusion d’une bande, la perte d’une amitié, de mauvais résultats, un enseignant stressé ou qui fait figure de transfert parental, les nombreuses injustices réelles ou ressenties, la mise à l’écart, la comparaison incessante des situations personnelles, matérielles, etc. L’établissement scolaire peut reproduire et amplifier le malaise qu’un jeune expérimente dans sa famille et reproduire une dynamique interpersonnelle basée sur le principe de la punition ou de la récompense, de l’inclusion ou de l’exclusion. Ainsi la situation d’apprentissage devient-elle synonyme de la non-acceptation de la différence et de l’individualité du processus, du déni même de la situation personnelle vécue à l’extérieur de l’école.

De même, l’environnement scolaire peut aussi faire la différence et devenir un facteur salvateur pour l’enfant. Certains enseignants, de par leur présence, passion, écoute, ont permis à des jeunes de trouver une voie, de reprendre confiance en eux, de sortir d’une spirale de violence et d’exclusion. Certains directeurs, directrices ont envie de non seulement éduquer et suivre le programme mais aussi de faire de leur école un lieu d’apprentissage de la vie et des relations, au sens le plus noble du terme. Ils, elles osent croire que l’école peut être un lieu d’épanouissement, un lieu d’éducation à l’intériorité, un lieu où l’on apprend à être soi et à développer la bienveillance envers autrui, le respect envers ses enseignants, envers l’environnement. Un lieu où l’on devient un citoyen responsable, ouvert au multi-culturalisme et aux différences qui sont à présent l’apanage de nos sociétés et environnements professionnels.

« Connais-toi toi même… »

Le programme Peace a été conçu avec l’espoir de contribuer à l’éclosion de futurs citoyens qui auront envie de tenter l’aventure de la collaboration, de l’inclusion, de la tolérance et enfin de la paix. Or, il s’avère impossible de participer à l’avènement d’une société différente si nous ne parvenons pas à identifier la nature de nos émotions ni à comprendre comment fonctionnent notre corps et notre cerveau.

Cet apprentissage essentiel des composantes communes à chaque être humain: le corps, les émotions, les pensées; l’universalité de leur fonctionnement et leur inter-connectivité et inter-dépendance, cet apprentissage est sous-évalué dans nos sociétés occidentales, voire renié.

A l’évocation du seul mot ‘méditation’, de nombreuses résistances, peurs, critiques, fusent immédiatement. Pourtant, la méditation en action est pratiquée depuis des millénaires, par toutes les grandes traditions et spiritualité. Essentiellement, méditer, c’est ‘cultiver son esprit’, c’est apprendre à décoder son fonctionnement pour peu à peu l’apprivoiser. Nous avons pu constater, dans de nombreux pays tels que le Royaume-Uni, le Canada, les Etats-Unis*, que l’application ludique, sans contexte spirituel ou religieux, de programmes séculiers tels que Peace, permettait aux jeunes de mieux contrôler les émotions ressenties comme toxiques, de mieux gérer leur stress, de développer une meilleure immunité environnementale et des capacités pro-sociales.

La France suit timidement, pourtant l’expérience de notre association et d’autres telles ‘Enfance et Attention’ tend à démontrer qu’il existe une importante volonté de participer à l’avènement d’une éducation plus centrée sur les valeurs humaines telles que l’altruisme. C’est aussi le sujet d’un colloque en septembre 2015, intitulé « Humanisme et Mindfulness« . L’objet de cette rencontre entre philosophes, scientifiques, éducateurs, écrivains, réalisateurs est de:  » de contribuer au dialogue et à la coopération pour une intégration authentique et harmonieuse de la Mindfulness dans l’éducation ».

Nous ne pouvons pas directement changer les autres, l’environnement, la société, mais nous pouvons influer et choisir notre climat intérieur. De même que la violence, la peur, la ségrégation, le racisme s’infiltrent progressivement dans la psyché et tentent de la contrôler, ce par un conditionnement progressif, de même la confiance, le calme, la centration, la concentration, la tolérance et la bienveillance , s’apprennent et peuvent, à terme, devenir une habitude, une envie, une inclinaison propices à la transformation de nos relations et de notre bien-être individuel.

Candice Marro – présidente Association A.M.E

* Programme Mind Up au Canada – extrait de l’article ‘Le Monde’: La Colombie-Britannique, qui forme les enseignants volontaires au programme MindUp, a fait du développement personnel et social l’un des fondamentaux à acquérir au même titre que le lire-écrire-compter cher à l’éducation nationale en France. « Auparavant, les recruteurs recherchaient des têtes bien pleines ; aujourd’hui, ils veulent aussi des compétences humaines de contrôle de soi et de travail en équipe », observe Kimberly Schonert-Reichl.

 

Le programme Peace dans l’enseignement : les possibles bienfaits de l’apprentissage de la méditation, de la pleine conscience et de la pleine présence.

Le programme Peace dans l’enseignement : les possibles bienfaits de l’apprentissage de la méditation, de la pleine conscience et de la pleine présence.

L’expérience pilote ‘Peace’

Depuis novembre 2014, nous expérimentons dans plusieurs établissements un programme pilote de 10 semaines de méditation minimum, dans le respect de la laicité propre à l’éducation nationale en France.

Ce programme a été baptisé: Peace. Initialement: ‘Pratique de l’Ecoute et de l’Attention Consciente à l’Ecole’. Depuis, en tenant compte des feedbacks et réflexions menées avec nos partenaires et établissements, nous l’avons redéfinit. Peace est devenu pratique de la Présence, de l’Ecoute, de l’Attention et de la Concentration dans l’Enseignement’.

Ce programme s’adresse aussi bien à l’école (maternelle, primaire) qu’à l’enseignement supérieur. Nous avons pu commencer à observer les effets d’une telle pratique de 10 minutes en début de cours, au sein de la classe et en présence des enseignants qui participent, ce non seulement avec des enfants de maternelle et primaire mais aussi avec des collégiens et bientôt des lycéens. Certains de nos instructeurs qualifiés ou en voie de qualification – nous formons à présent au programme Peace afin de répondre aux demandes croissantes- forment et transmettent également ce genre d’approche au sein de l’enseignement supérieur, dans les milieux sportifs et dans les entreprises.

Le programme Peace réunit des pratiques complémentaires sous forme d’un programme évolutif de 10 semaines minimun. Nous nous inspirons aussi bien du programme de pleine conscience développé par Jon Kabat-Zinn que des outils issus du brain gym et de l’EFT. Chaque séquence comporte en outre des exercices de yoga ou de Chi Gong, pratiques millénaires réputées pour leurs nombreux bienfaits en matière d’ancrage, de coordination, de centration de l’attention grâce au mouvement, ainsi que de l’harmonisation entre le corps et les pensées.

Cette combinaison est le fruit d’un travail collaboratif entre des instructeurs passionnés et expérimentés dans leurs domaines particuliers. Cet effort de synthèse et d’enchainement harmonieux a donné lieu à une méthodologie unique, qui ne cesse de s’enrichir de nos rencontres et interventions au sein des établissements ou en formation.

Nous portons une attention particulière au vocabulaire employé et à l’adaptation des séquences par groupe d’âge et objectif: ainsi, les plus petits aiment les exercices ludiques et similaires qu’ils peuvent répéter avec leurs parents et famille. Dès les classes de cours moyen en primaire, nous constatons que les enfants s’intéressent particulièrement à tout ce qui leur permet de mieux comprendre et agir sur leurs émotions. Ceci continue jusque dans l’enseignement secondaire et au-delà dans la vie professionnelle. La compréhension des émotions, de leur impact à la fois sur le corps et le mental, la façon dont elles peuvent affecter nos capacités cognitives et relationnelles, tous ces thèmes et davantage sont abordés au sein du programme Peace et sont l’une des clés de voûte de toute amélioration du comportement scolaire.

Les adolescents rapportent aussi utiliser certains exercices pour s’endormir, avant des évaluations ou des compétitions. La grande majorité des classes participantes et des enseignants a pu ainsi noter un climat plus paisible et propice à l’enseignement ainsi qu’une amélioration de l’attention et de la concentration.

Le programme Peace suit une trame somme toute logique: apprivoiser le corps, le souffle, les émotions, les pensées, ce afin de favoriser, initialement, les capacités cognitives telles que l’attention, la concentration, la mémorisation et clarté d’expression.

Une bienveillante neutralité en réponse à la violence en milieu scolaire

Cependant, à terme, nous souhaitons observer les effets sur le vivre ensemble et la citoyenneté. A l’origine, ce programme est un programme ‘citoyen’. Il s’agit de favoriser l’exercice de la bienveillance attentive et consciente. La bienveillance se cultive, elle est rarement innée. Elle se choisit et est une arme puissante qui peut contrebalancer davantage que le stress des enseignants, des éducateurs et des étudiants! La bienveillance ou bienveillante neutralité est un outil de médiation puissant dans la résolution des conflits.

En milieu scolaire, nous parlons de plus en plus de violence et d’harassement. Ces phénomènes croissants ne se limitent pas aux zones dites à risque et défavorisées. Les causes en sont multi-factorielles: explosion de l’unité familiale, conflits culturels et religieux, prédominance des écrans, contenu médiatique illustrant la violence et les scénarios de survie, coût de la vie et stress financier des parents, etc. Toujours est-il que de plus en plus d’enfants reçoivent une certaine forme de violence environnementale et intime en héritage. Cette violence imprègne peu à peu leur système émotionnel et mental puis tôt ou tard influence leur psyché, leurs actes et jusqu’à leur ressenti corporel. Qui n’a jamais senti cette contraction, cette brûlure autour du diaphragme lorsque la colère se manifeste par exemple? Ou la fameuse peur au ventre, boule à la gorge, oppression respiratoire quand vous êtes interrogé … ?

Comment pouvons-nous modifier cet enchainement psycho-somatique si nous ne prenons pas en compte la chaine complète de somatisation et de manifestation? Lorsque la violence ou la peur, ou d’autres combinaisons explosives se sont imprégnées dans notre structure psychique, le cerveau crée un phénomène de dépendance assez semblable à celui qui se forme lorsqu’il y a prise de substances. Le phénomène peut être contenu, voir en apparence supprimé grâce un mécanisme inhibiteur mais le processus de somatisation est en route. Il suffira parfois d’un seul événement déclencheur (trigger en anglais) pour que la bombe à retardement explose.

Malheureusement, le milieu scolaire regorge de tels déclencheurs:  une suite de sarcasmes, l’exclusion d’une bande, la perte d’une amitié, de mauvais résultats, un enseignant stressé ou qui fait figure de transfert parental, les nombreuses injustices réelles ou ressenties, la mise à l’écart, la comparaison incessante des situations personnelles, matérielles, etc. L’établissement scolaire peut reproduire et amplifier le malaise qu’un jeune expérimente dans sa famille et reproduire une dynamique interpersonnelle basée sur le principe de la punition ou de la récompense, de l’inclusion ou de l’exclusion. Ainsi la situation d’apprentissage devient-elle synonyme de la non-acceptation de la différence et de l’individualité du processus, du déni même de la situation personnelle vécue à l’extérieur de l’école.

De même, l’environnement scolaire peut aussi faire la différence et devenir un facteur salvateur pour l’enfant. Certains enseignants, de par leur présence, passion, écoute, ont permis à des jeunes de trouver une voie, de reprendre confiance en eux, de sortir d’une spirale de violence et d’exclusion. Certains directeurs, directrices ont envie de non seulement éduquer et suivre le programme mais aussi de faire de leur école un lieu d’apprentissage de la vie et des relations, au sens le plus noble du terme. Ils, elles osent croire que l’école peut être un lieu d’épanouissement, un lieu d’éducation à l’intériorité, un lieu où l’on apprend à être soi et à développer la bienveillance envers autrui, le respect envers ses enseignants, envers l’environnement. Un lieu où l’on devient un citoyen responsable, ouvert au multi-culturalisme et aux différences qui sont à présent l’apanage de nos sociétés et environnements professionnels.

« Connais-toi toi même… »

Le programme Peace a été conçu avec l’espoir de contribuer à l’éclosion de futurs citoyens qui auront envie de tenter l’aventure de la collaboration, de l’inclusion, de la tolérance et enfin de la paix. Or, il s’avère impossible de participer à l’avènement d’une société différente si nous ne parvenons pas à identifier la nature de nos émotions ni à comprendre comment fonctionnent notre corps et notre cerveau.

Cet apprentissage essentiel des composantes communes à chaque être humain: le corps, les émotions, les pensées; l’universalité de leur fonctionnement et leur inter-connectivité et inter-dépendance, cet apprentissage est sous-évalué dans nos sociétés occidentales, voire renié.

A l’évocation du seul mot ‘méditation’, de nombreuses résistances, peurs, critiques, fusent immédiatement. Pourtant, la méditation en action est pratiquée depuis des millénaires, par toutes les grandes traditions et spiritualité. Essentiellement, méditer, c’est ‘cultiver son esprit’, c’est apprendre à décoder son fonctionnement pour peu à peu l’apprivoiser. Nous avons pu constater, dans de nombreux pays tels que le Royaume-Uni, le Canada, les Etats-Unis*, que l’application ludique, sans contexte spirituel ou religieux, de programmes séculiers tels que Peace, permettait aux jeunes de mieux contrôler les émotions ressenties comme toxiques, de mieux gérer leur stress, de développer une meilleure immunité environnementale et des capacités pro-sociales.

La France suit timidement, pourtant l’expérience de notre association et d’autres telles ‘Enfance et Attention’ tend à démontrer qu’il existe une importante volonté de participer à l’avènement d’une éducation plus centrée sur les valeurs humaines telles que l’altruisme. C’est aussi le sujet d’un colloque en septembre 2015, intitulé « Humanisme et Mindfulness« . L’objet de cette rencontre entre philosophes, scientifiques, éducateurs, écrivains, réalisateurs est de:  » de contribuer au dialogue et à la coopération pour une intégration authentique et harmonieuse de la Mindfulness dans l’éducation ».

Nous ne pouvons pas directement changer les autres, l’environnement, la société, mais nous pouvons influer et choisir notre climat intérieur. De même que la violence, la peur, la ségrégation, le racisme s’infiltrent progressivement dans la psyché et tentent de la contrôler, ce par un conditionnement progressif, de même la confiance, le calme, la centration, la concentration, la tolérance et la bienveillance , s’apprennent et peuvent, à terme, devenir une habitude, une envie, une inclinaison propices à la transformation de nos relations et de notre bien-être individuel.

Candice Marro – présidente Association A.M.E

* Programme Mind Up au Canada – extrait de l’article ‘Le Monde’: La Colombie-Britannique, qui forme les enseignants volontaires au programme MindUp, a fait du développement personnel et social l’un des fondamentaux à acquérir au même titre que le lire-écrire-compter cher à l’éducation nationale en France. « Auparavant, les recruteurs recherchaient des têtes bien pleines ; aujourd’hui, ils veulent aussi des compétences humaines de contrôle de soi et de travail en équipe », observe Kimberly Schonert-Reichl.

 

La pleine conscience bienveillante dans l’éducation: rencontre avec Matthieu Ricard

Thématique: le futur de l’éducation – vers une citoyenneté de la paix ?
Interview de Matthieu Ricard par Candice E.Marro – Mai 2015

Extraits – Part 1

Matthieu Ricard - copie 2

« En ce qui concerne la pleine conscience, je suis un inconditionnel de la pleine conscience bienveillante »

C’est dans le cadre de la réalisation d’un documentaire sur l’intégration de la méditation laique à l’école pour une citoyenneté de la paix (diffusion nationale prévue en 2015) que s’est déroulée l’interview filmée de Matthieu Ricard.
Nous avons évoqué ensemble les bienfaits de la pratique de la méditation, ou entrainement de l’esprit, sur le bien-être physique et émotionnel des enfants, le développement de l’attention et de la concentration ainsi que les capacités pro-sociales.
Voici un avant-goût de quelques-uns des thèmes abordés.

Candice E. Marro: depuis novembre 2014, en France, des jeunes de 4 à 15 ans ont participé au programme Peace: 10 minutes par jour de méditation laique durant le temps scolaire, pendant une période minimum de 10 semaines. Selon vous, quels sont les effets d’une telle pratique?

Matthieu Ricard: Des essais qui ont été faits aux Etats-Unis avec des enfants de 4-5 ans ont été extrêmement révélateurs. Non seulement ça marche mais les enfants aiment ça !
Je peux vous citer le cas d’une étude qu’a menée l’équipe de Richard Davidson, de l’université de Wisconsin à Madison. Ils ont travaillé dans des écoles de quartier assez défavorisées, des classes de maternelle précisément, sur un programme de 10 semaines à raison de 3 fois 40 minutes de méditation par semaine.
Les 5 premières semaines sont consacrées à l’attention, à la concentration, à la pleine conscience tandis que les 5 dernières semaines sont orientées vers l’observation des comportements pro-sociaux, à savoir la bienveillance, la coopération, la gratitude, l’empathie.
Par exemple, si un enfant est visiblement très triste, on fait venir l’un de ses camarades qui lui demande ce qu’il a, ce que ça lui fait, ce qu’il ressent.
Les enfants plantent aussi ensemble les graines de l’amitié. Ils doivent prendre soin de ces plantes qui vont pousser pendant ces 10 semaines. On leur explique que l’amitié, c’est comme ces graines, il faut mettre un peu d’eau tous les jours et en prendre soin. Lorsque la plante a fleuri, ils donnent la plante à un copain ou à une copine et en reçoivent une en retour. Bien entendu, nous pourrions nous dire: « ce sont des enfants de 4-5 ans, c’est une sorte de distraction amusante, mais est-ce que ça a vraiment le moindre impact ? »

Les scientifiques ont donc évalué le comportement pro-social des enfants en se basant sur de nombreux critères tels que le nombre de conflits, la rapidité de résolution des conflits, les échanges positifs entre enfants, l’intelligence émotionnelle… Ils ont demandé aux parents et aux enseignants d’évaluer ces composantes grâce à un questionnaire.
Ils s’aperçoivent qu’il y a une augmentation significative des comportements pro-sociaux par rapport à un groupe témoin similaire d’autres classes des mêmes écoles. Non seulement ça marche mais les enfants aiment ça!
Une expérience intéressante est en rapport avec la discrimination. Avant l’intervention, on détermine pour chaque enfant qui est la ou le meilleur ami et la ou le moins bon ami. On leur donne quatre enveloppes. Sur l’une d’elles, la photo de leur meilleur(e) ami(e), sur une autre celle de leur moins bon(ne) ami(e), puis une photo d’un enfant inconnu et enfin la photo d’un enfant visiblement malade.
On leur remet des auto-collants et on leur dit « voilà, tu dois donner les auto-collants, tu les mets dans l’enveloppe que tu veux ». Avant l’intervention, les enfants donnent quasiment tout, c’est-à-dire 60% des auto-collants, à leur meilleur(e) ami(e). Par contre, au bout de 10 semaines, nous assistons à une sorte de nivellement parfait ! Les enfants donnent autant d’autocollants à leur meilleur ami qu’à celle ou celui qu’ils considéraient comme leur moins bon ami. En fait, ils donnent ¼ à chaque catégorie.

C’est très intéressant et porteur d’espoir lorsque l’on garde à l’esprit que les différences de groupe, « mon groupe, l’autre groupe » – on appelle ça endo-groupe, exo-groupe – sont à l’origine de la majorité des tensions et conflits sociaux. C’est vrai pour les classes sociales, les religions, les races, les supporters de match de foot… Nous savons à quel point les discriminations sont délétères dans la société !
Imaginez que l’on puisse, avec des enfants très jeunes, gommer les tendances à la discrimination. Les études montrent d’ailleurs que ce comportement dure quelques mois plus tard. Une autre étude sera menée 1 an après le début de cette expérimentation. Alors que la discrimination fait tellement de mal, on voit l’avantage que ça aurait pour la vie de tout un chacun, pour l’impact sur la société.

De plus, tout cela est parfaitement laic, facile à mettre en application pourvu que ça soit bien fait, peu coûteux et l’on voit les bienfaits que ça aurait pour n’importe quel système d’éducation de n’importe quel pays !
Les enfants aiment bien ça, les professeurs voient la différence. En effet, les enfants sont plus studieux, travaillent mieux, se disputent moins entre eux. On ne voit pas trop quels sont les inconvénients! On rêverait d’avoir une intervention comme celle-là, quelquefois même à prix d’or! Si l’on vous propose de travailler sur ces qualités-là, tout le monde est preneur!
Or, cela ne coûte pas grand chose. Il suffit d’un instructeur formé qui peut intervenir sur une classe pendant 10 semaines avant de passer à une autre classe.

CEM: le terme ‘méditation’, même associé à la laicité, dérange encore…

MR: ce n’est pas la peine de parler de méditation, même si ce terme devient plus populaire, davantage accepté. En Occident, le terme méditer a plein de sens différents. On peut méditer sur la mort de Louis XVI, un poète peut méditer sur plein de choses…En sanskrit, méditer, ça veut dire se cultiver et familiariser en tibétain.

Je préfère parler d’entrainement de l’esprit. Les bienfaits d’un tel entrainement sont majeurs. Même s’il ne s’agit que de 10 minutes par jour. Nous savons déjà, à la fois par l’expérience contemplative et grâce à l’étude de la neuro-plasticité qu’après 10 mins par jour de pratique pendant un mois seulement, le cerveau commence à changer, fonctionnellement et même structurellement.
Nous pouvons donc argumenter que cet entrainement va aider à cultiver l’attention, à améliorer l’intelligence émotionnelle, à se familiariser avec un comportement pro-social.

CM: l’appellation d’usage ces temps-ci est la méditation de pleine conscience ou Mindfulness.

MR: Oui, c’est le mot à la mode pour éviter de parler de méditation: la ‘pleine conscience’. Certains, pour éviter le débat sur ce qu’est la pleine conscience, préfèrent parler de mindfulness. Je ne vois pas trop la différence 🙂

Pour ce qui est de la Mindfulness, je suis un inconditionnel de la caring Mindfulness. En français: la pleine conscience bienveillante.
Associer la bienveillance à la pleine conscience écarte les risques de déviation. Après tout, vous pouvez tout à fait avoir un tireur d’élite en pleine conscience ou un psychopathe en pleine conscience! Par contre, vous n’aurez pas un psychopathe bienveillant, ni un tireur d’élite bienveillant… En tout cas pas ceux qui tirent!

Il est très important d’associer la bienveillance à la pleine conscience.
C’est d’ailleurs une conversation que j’ai souvent avec John Kabat-Zinn. Il est d’accord sur le fond mais pense que la bienveillance se développe au cours des 8 semaines d’entrainement. Selon lui, la bienveillance est un sous-produit de la pratique de la pleine conscience. Peut-être parce que c’est un être extrêmement bon et qu’il transmet cette bonté.
Mais ce n’est pas garanti car ce n’est pas explicitement mentionné au cours de l’entrainement.

C’est un produit supposé dérivé. Or, selon moi, la bienveillance est aussi importante, voir davantage une priorité, que la pleine conscience.
A ce sujet, il y a eu une étude menée sur 1 an par mon amie Tania Singer, une neuro-scientifique spécialiste de l’empathie. Elle a comparé plusieurs centaines de personnes qui s’entrainaient à la pleine conscience pendant 3 mois, d’autres à l’empathie cognitive et d’autres enfin à la bienveillance.
Elle s’est aperçue que la pleine conscience diminuait le stress, augmentait un peu l’attention mais n’avait aucun impact sur les capacités pro-sociales. D’où l’importance d’inclure cette composante qui ne vient pas forcément d’elle-même.  Par ailleurs, si vous cultivez la bienveillance, il faut être en pleine conscience car si vous êtes distrait, votre esprit va vagabonder et vous ne cultiverez rien du tout!
La pleine conscience vient automatiquement avec la bienveillance tandis que l’inverse n’est pas forcément vrai.

A venir part 2: L’intelligence émotionnelle et le comportement pro-social.

Matthieu Ricard est moine bouddhiste, docteur en génétique cellulaire, auteur, conférencier, photographe. Au travers de Karuna Shechen, association à but non lucratif, il oeuvre pour des actions humanitaires dans les régions himalayennes, dont la construction d’écoles et l’éducation. Il a accepté de faire partie du comité de parrainage de l’association pour la méditation dans l’enseignement (A.M.E) qui mène le projet Peace en France.
Matthieu Ricard est activement impliqué dans l’appel à la solidarité suite aux tremblements de terre au Népal: www.matthieuricard.org

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